L’hypnose est-elle efficace ?
Ce que montre la recherche
On me demande souvent si l’hypnose « marche vraiment », et comment. La réponse honnête tient en deux phrases. Oui : pour plusieurs demandes, des études sérieuses montrent un effet réel. Et ce n’est pas de la magie : ce qui agit, ce sont des capacités que vous avez déjà, et que la séance vous aide à mobiliser.
Voici d’abord quatre travaux, choisis parce qu’ils sont solides et parlent de situations que je rencontre au cabinet. Pour chacun, je dis ce qu’il montre, et ce qu’il ne montre pas. Viennent ensuite ce que l’on sait de la façon dont l’hypnose agit, et le rôle de la relation.
Au bloc opératoire, à Liège
Au CHU de Liège, en Belgique, l’anesthésiste Marie-Élisabeth Faymonville a introduit l’hypnose au bloc opératoire dans les années 1990, en complément d’une anesthésie locale. En 1997, son équipe a réparti au hasard 60 patients opérés en chirurgie plastique : la moitié sous hypnose, l’autre moitié avec des techniques classiques de gestion du stress. Les patients sous hypnose ont eu moins d’anxiété et moins de douleur, pendant et après l’opération, tout en recevant environ deux fois moins de médicaments sédatifs et antidouleur. Les nausées après l’opération sont passées de 31 % à 6,5 %.
Ce que cela ne dit pas : l’hypnose ne remplace pas l’anesthésie. Elle l’accompagne, chez des patients volontaires.
Quand le ventre et la tête se parlent
Le syndrome de l’intestin irritable (douleurs, ballonnements, transit perturbé, sans lésion visible) résiste souvent aux traitements. En 1984, à Manchester, le gastro-entérologue Peter Whorwell a proposé à 30 patients sévèrement atteints soit une hypnose centrée sur le ventre, soit une psychothérapie de soutien. Le groupe hypnose s’est nettement amélioré sur l’ensemble des symptômes. En 1987, son équipe rapportait que les 15 premiers patients restaient soulagés après un an et demi de suivi en moyenne. L’approche a depuis été reprise dans de nombreux pays.
Ce que cela ne dit pas : les meilleurs résultats concernent les formes typiques du syndrome ; les formes atypiques répondent moins bien.
L’anxiété
Une méta-analyse rassemble les études comparables sur une même question pour en dégager une tendance d’ensemble. En 2019, une équipe de psychologues américains, Valentine et ses collègues, a regroupé 15 études sur l’hypnose contre l’anxiété. En fin de traitement, la personne moyenne traitée par hypnose allait mieux que 79 % des personnes des groupes de comparaison, et l’écart tenait toujours au dernier suivi. L’effet était plus fort quand l’hypnose s’ajoutait à un autre accompagnement psychologique.
Ce que cela ne dit pas : un trouble anxieux sévère relève d’abord d’un médecin. L’hypnose vient en complément.
Le sommeil : prometteur, pas encore établi
En 2014, à l’université de Fribourg, en Suisse, Maren Cordi et l’équipe de Björn Rasch ont fait écouter à 70 jeunes femmes un enregistrement d’hypnose pendant une sieste en laboratoire. Chez celles qui étaient réceptives à l’hypnose, le sommeil lent profond, la phase la plus réparatrice, a augmenté de 81 %.
Sur l’insomnie elle-même, les études restent peu nombreuses et petites. C’est pour cela que je ne vous promets rien sur le sommeil avant de vous avoir entendu.
Comment ça agit : ce que l’on sait, et ce que l’on ignore
En 1997, à Montréal, le neuropsychologue Pierre Rainville et ses collègues ont observé par imagerie cérébrale des volontaires sous hypnose, soumis à une douleur provoquée en laboratoire. Quand les suggestions rendaient la douleur plus ou moins désagréable, l’activité d’une zone précise du cerveau, le cortex cingulaire antérieur, suivait le même mouvement. Le cortex somatosensoriel, qui reçoit la sensation elle-même, ne changeait pas. Autrement dit, la suggestion ne coupe pas le signal : elle change la façon dont il vous affecte.
Peut-on pour autant photographier « l’état hypnotique » ? Pas encore. En 2023, l’équipe de Liège (Audrey Vanhaudenhuyse, Marie-Élisabeth Faymonville et leurs collègues) a fait le point dans un ouvrage collectif sur les états de transe, dirigé par le psychologue Antoine Bioy. Leur conclusion : aucune « signature » cérébrale de l’hypnose ne fait consensus. Le seul point d’accord porte sur une réorganisation, pendant l’hypnose, du « réseau du mode par défaut », l’ensemble de régions actives quand on pense à soi.
Le cerveau n’explique pas tout. Ce que vous attendez de la séance, et la relation avec celui qui vous accompagne, comptent aussi. C’est ce que montre l’étude suivante.
Ce qui se joue dans la relation
En 2010, à la faculté de médecine de Harvard, Ted Kaptchuk, spécialiste de l’effet placebo, a mené une expérience étonnante auprès de 80 personnes souffrant de l’intestin irritable. La moitié recevait des pilules dont on leur disait clairement qu’elles ne contenaient aucun principe actif ; l’autre moitié ne recevait rien. Les deux groupes bénéficiaient de la même qualité d’écoute. Au bout de trois semaines, 59 % des personnes du groupe « pilule » se disaient suffisamment soulagées, contre 35 % dans l’autre groupe.
Cette étude ne porte pas sur l’hypnose. Elle montre que l’attente, le cadre et la relation agissent sur le corps, même sans tromperie. C’est le sujet de mon livre, L’effet thérapeute : ce que la science du placebo révèle sur l’hypnose, et sur ce qui se passe entre deux personnes quand l’une aide l’autre à changer.
Ce que j’en retiens pour vos séances
L’hypnose n’est pas un pouvoir que j’exerce sur vous. Ces études le disent chacune à leur façon : le changement vient de vos propres ressources, quand le cadre leur permet de s’exprimer. Mon travail est de créer ce cadre. L’hypnose ne remplace ni un diagnostic ni un traitement médical, et je vous oriente si votre demande relève d’un autre professionnel.
Sources
Faymonville ME, Mambourg PH, Joris J et al. Psychological approaches during conscious sedation. Hypnosis versus stress reducing strategies: a prospective randomized study. Pain 1997;73(3):361-367.
Whorwell PJ, Prior A, Faragher EB. Controlled trial of hypnotherapy in the treatment of severe refractory irritable-bowel syndrome. Lancet 1984;2:1232-1234.
Whorwell PJ, Prior A, Colgan SM. Hypnotherapy in severe irritable bowel syndrome: further experience. Gut 1987;28:423-425.
Valentine KE, Milling LS, Clark LJ, Moriarty CL. The efficacy of hypnosis as a treatment for anxiety: a meta-analysis. International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis 2019;67(3):336-363.
Cordi MJ, Schlarb AA, Rasch B. Deepening sleep by hypnotic suggestion. Sleep 2014;37(6):1143-1152.
Rainville P, Duncan GH, Price DD, Carrier B, Bushnell MC. Pain affect encoded in human anterior cingulate but not somatosensory cortex. Science 1997;277(5328):968-971.
Vanhaudenhuyse A, Grégoire C, Bicego A, Marie N, Lafon Y, Faymonville ME, Gosseries O. Transe hypnotique et transes héritées de pratiques ancestrales : quand la science en parle. In Bioy A (dir.), Le Grand Livre des transes et des états non ordinaires de conscience. Dunod, 2023, p. 261-282.
Kaptchuk TJ, Friedlander E, Kelley JM et al. Placebos without deception: a randomized controlled trial in irritable bowel syndrome. PLoS ONE 2010;5(12):e15591.